Dans un contexte de croissance de la demande en eau et d’intensification des épisodes de sécheresse, la réutilisation des eaux constitue un levier prometteur pour de nombreux territoires et secteurs d’activité. En milieu industriel, elle recouvre une grande diversité de situations, faisant intervenir des sources et des usages de l’eau, internes comme externes aux sites. Toutefois, cette diversité des configurations rend difficile la standardisation des approches et des cadres réglementaires applicables.
La présente étude évalue le potentiel de développement de la réutilisation des eaux pour les industriels en France. Elle met en évidence des opportunités significatives, notamment dans les territoires littoraux, ainsi que dans le développement de synergies entre industriels.
L’étude présente également plusieurs technologies de traitement adaptées à la réutilisation des eaux. Leurs performances et leurs conditions de mise en œuvre sont analysées au regard des niveaux de qualité requis pour les différents usages identifiés.
Enfin, onze cas types, construits à partir de retours d’expérience, sont analysés sous différents angles : technique, réglementaire, économique, juridique et gestion des risques. Ils illustrent la diversité des configurations possibles et apportent des exemples concrets de mise en œuvre de projets de réutilisation des eaux dans le secteur industriel.
Le rapport d’étude est complété par un Guide, destiné à accompagner les porteurs de projets à chaque étape de leur démarche, depuis l’identification d’une opportunité jusqu’à la mise en œuvre d’une solution de réutilisation des eaux.
Date de publication : août 2026
Réalisation : ECOFILAE
Référence : RECORD, Réutilisation des eaux en contexte industriel - Origines et usages des eaux internes/externes : cadre, potentiel, technologies et retours d’expériences, 2026, 101p, n°24-0337/1A
Rapport réservé aux adhérents
Avertissement : Le contenu de ces travaux reflète l'état des connaissances et le cadre réglementaire en vigueur à la date de l'édition des documents
Contexte et objectifs de l’étude
Le secteur industriel est amené à s’adapter dans un contexte croissant de périodes de sécheresse et de restrictions en eau. La réutilisation des eaux non conventionnelles apparait comme une solution opérationnelle et structurante pour limiter les prélèvements en eau, mais également pour limiter l’impact des rejets. Elle s’inscrit dans une logique d’écologie industrielle, elle permet également aux industriels de s’intégrer localement et de s’adapter au contexte hydrique territorial.
Cette pratique reste récente, parfois complexe à mettre en œuvre, et multiple dans les formes qu’elle peut prendre. En France elle s’inscrit dans un cadre réglementaire en évolution, visant à concilier performance industrielle, protection des milieux et maîtrise des risques sanitaires.
Dans ce contexte, l’association RECORD a souhaité établir un guide à destination des porteurs de projet de réutilisation des eaux dans le secteur industriel. Ce guide se veut accessible pour les porteurs de projet novices sur la thématique. Il est associé et fait référence à un rapport d’étude détaillé, objet de la présente synthèse. Le plan ci-dessous suit le plan du rapport.
Eléments de cadrage
Dans une première section « Eléments de cadrage » sont détaillés : la terminologie couramment utilisée (principalement issue de la NF ISO20670), les principales normes françaises et internationales existantes, les formes de réutilisation rencontrées dans le secteur industriel (appelées ici des « types » de réutilisation), mais également le cadre et les textes réglementaires associés.
Si l’étude s’attache à renvoyer le lecteur vers les textes et références réglementaires associés à leur projet, elle n’intègre pas de synthèse réglementaire : les textes et les cas de figures sont trop nombreux. Seul le contexte pour les industries agro-alimentaire est précisé. Une analyse réglementaire comparative à d’autres pays est également intégrée à l’étude.
Trois types de réutilisation des eaux pour les industriels sont ainsi définis. Ils permettent une distinction claire selon l’origine de l’eau (le gisement), les usages, et les gestionnaires et propriétaires en charge et responsables du projet :
Le cadre et les textes réglementaires diffèrent selon le type de réutilisation des eaux. Ils diffèrent également selon la nature de l’usage : la réutilisation des eaux est ainsi possible et encadrée pour les familles d’usages suivantes :
Seule l'eau destinée à la consommation humaine reste autorisée pour les usages domestiques les plus sensibles (boisson, cuisson, hygiène corporelle) ainsi que pour la préparation des denrées alimentaires.
Le corpus réglementaire mobilisé est riche et très récent : décret et arrêté du 14 mars 2025 pour les usages domestiques en ICPE, décret n°2024-33 et arrêté du 8 juillet 2024 pour les eaux réutilisées en agro-alimentaire, décret du 29 août 2023 et arrêtés du 14 et du 18 décembre 2023 pour les eaux de pluie et les eaux usées traitées, entre autres textes. De nombreuses situations, comme la réutilisation des eaux pluviales ou d'exhaure, ne relèvent cependant d'aucun cadre spécifique : les Services de l'État privilégient alors une approche au cas par cas, via des guichets uniques mis en place au sein des DDTM. Des logigrammes croisant les trois familles d'usages et les trois types de réutilisation permettent au porteur de projet d'identifier les textes qui s'appliquent à son cas.
La comparaison aux réglementations des autres pays (Italie, Espagne, États-Unis et Australie) met en évidence que tous imposent l’établissement d’un plan de gestion des risques en complément du respect de seuils minimaux. Ces valeurs seuils minimales sont difficilement comparables d’un pays à l’autre étant donné que les conditions et contraintes spécifiques d’usages diffèrent.
Un cadre normatif se structure à trois échelles : international avec l'ISO, européen avec le CEN, et national avec l'AFNOR, au sein de laquelle une commission « RENC » (Recours aux eaux non conventionnelles) comporte un groupe de travail dédié aux usages industriels. Il n'existe pas encore, à ce jour, de groupe de travail européen équivalent. Au niveau international, le comité technique ISO/TC 282 pilote la normalisation de la réutilisation de l'eau ; ses sous-comités couvrent directement les usages industriels.
Démarche projet et analyse de risques
Une seconde section du rapport, complétée par le guide pratique associé, détaille les étapes que doit suivre un porteur de projet, depuis l'idée initiale jusqu'à une mise en œuvre durable et sécurisée, avec un focus particulier sur les méthodologies d'analyse des risques sanitaires.
La démarche projet suit globalement cinq étapes :
A noter l’importance de partager au plus tôt cette démarche avec les Services de l’Etat et avec les autres acteurs du territoire impliqués et/ou impactés.
L'analyse des risques sanitaires articule évaluation et gestion des risques sur une méthodologie inspirée de la démarche HACCP, préconisée par l'ANSES et adaptée aux risques sanitaires relatifs à la réutilisation des eaux. Elle repose sur quatre étapes :
Un focus spécifique est également porté sur les risques professionnels liés à l'utilisation des ENC : ces risques, qui incluent des pathologies ainsi que l'exposition à des substances chimiques, doivent être intégrés au document unique d'évaluation des risques professionnels du site. La prévention repose notamment sur la séparation des réseaux d'ENC et d'eau potable dès la conception, la signalisation des points d'utilisation, la limitation des techniques génératrices d'aérosols, l'automatisation des opérations de nettoyage et, si les mesures collectives s'avèrent insuffisantes, la mise à disposition d'équipements de protection individuelle adaptés.
Potentiel de réutilisation des eaux pour les industriels
En 2022, le volume total des prélèvements déclarés en France métropolitaine et en Corse s'élève à environ 33845 Mm³, dont la majeure partie pour le secteur de l'Énergie, essentiellement le nucléaire d'EDF, dont les prélèvements représentatifs approchent 21 500 Mm³/an. La catégorie « Industrie et activités économiques » représente quant à elle 2243 Mm³ prélevés en 2022. Le potentiel de substitution y est nettement plus élevé pour les prélèvements souterrains, de l'ordre de 856 Mm³/an et davantage liés aux process industriels, que pour les prélèvements de surface, environ 1257 Mm³/an et souvent associés au refroidissement en boucle ouverte, ou pour les prélèvements littoraux, environ 130 Mm³/an, à faible enjeu de réutilisation compte tenu de leur salinité et de leur retour rapide au milieu. Les secteurs les plus consommateurs et les plus ciblés par la réutilisation des eaux sont la chimie, la métallurgie, les industries agroalimentaires et le papier-carton ; à l'échelle nationale, la chimie et la métallurgie concentrent 47% des usages en eau identifiés dans l'analyse du potentiel de Type 1, une proportion qui atteint 72% sur le littoral.
Le potentiel de chacun des trois types de réutilisation a été approché séparément :
À l'échelle européenne, une étude de 2023 estime les eaux usées produites par les industriels de l'Union européenne à plus de 25500 Mm³/an, dont jusqu'à 80% pourraient théoriquement être réutilisées grâce à des technologies de traitement adaptées, pour un coût représentant environ 1,5% du PIB européen et une hausse d'environ 4,1% de la consommation énergétique industrielle.
Revue globale des principaux procédés de traitement
Une revue globale des principaux procédés de traitement utilisés pour la réutilisation des eaux a permis d'établir neuf fiches techniques détaillant, pour chaque procédé, les principes de fonctionnement, les niveaux de performance, les principaux avantages et les principales limites (sans se substituer à une étude technique au cas par cas selon les projets). Ces procédés se répartissent en quatre familles.
Etudes de cas types
Pour finir onze cas types de réutilisation des eaux ont été étudiés. Ils sont très inspirés de retours d’expérience (REX) sur des sites opérationnels ou en cours d’étude, mais ils sont « fictifs » : ils compilent parfois des éléments issus de plusieurs REX, et ont été volontairement adaptés afin de pointer des cas de figures et des contraintes spécifiques.
La sélection et la définition de ces cas types a été réalisée conjointement entre les auteurs et le comité de suivi de l’étude RECORD. Ces onze cas types visent à être :
Ils illustrent ainsi la réutilisation d'eaux issues de STEU urbaines pour des usages de refroidissement (cas type n°1) ou de nettoyage et d'abattage de poussières (cas type n°2) ; le recyclage d'eaux acides de régénération (cas type n°3, partagé par EDF pour la centrale de Blénod) ou d'eaux de purge de chaudière (cas type n°4, partagé par EDF pour la centrale de Martigues) pour l'alimentation de réseaux industriels ; la valorisation d'eaux pluviales de ruissellement pour du nettoyage industriel (cas type n°5) ; la réutilisation, en agro-alimentaire, d'eaux issues de matières premières pour la préparation de denrées (cas type n°6) ou d'eaux issues d'une STEI industrielle pour le nettoyage de locaux et d'équipements (cas type n°7) ; la réutilisation d'eaux de toiture industrielle pour des usages domestiques, y compris en blanchisserie (cas type n°8) ; la valorisation énergétique de la vapeur produite par un industriel au bénéfice du réseau de chauffage d'un second industriel, où l'eau agit davantage comme vecteur de chaleur que comme ressource réutilisée à proprement parler (cas type n°9) ; la réutilisation d'eaux issues d'une STEI industrielle pour des usages urbains publics tels que le nettoyage et l'arrosage d'espaces verts (cas type n°10) ; et la réutilisation d'effluents bruts ou traités en agriculture, pour l'irrigation ou l'épandage (cas type n°11).
Synthèse des cas types étudiés
Ces cas types font écho à plusieurs retours d'expérience emblématiques, français et internationaux, également présentés dans le guide.
Conclusion
L'étude et le guide associés dressent ainsi un panorama complet de la réutilisation des eaux pour les industriels en France :
Le rapport et le guide associé offrent ainsi aux porteurs de projet industriels un cadre méthodologique complet, depuis l'identification des moteurs de la démarche jusqu'à la mise en œuvre sécurisée de leur projet, tout en soulignant l'importance d'un dialogue précoce avec les Services de l'État et les autres acteurs du territoire concernés ou impactés.
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